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Notre ami Bob a publié un article de référence sur les flèches dans la revue fédérale Chasse à l’Arc (n° 9)

En voici le texte…

Durant ces quarante années de pratique de l’archerie de chasse et de tir, j’ai utilisé une grande variété d’équipements et de matériels. Avec le recul, lorsque je me rappelle toutes ces expériences de terrain, qu’elles soient bonnes ou mauvaises, je considère que la flèche est sans doute l’élément crucial dans l’accmplissement d’un tir réussi.

J’aime connaître précisément mes flèches : chacune est identifiée par un numéro et son poids est inscrit sur le fût.

Cet article est organisé en trois arguments qui justifient à mes yeux le choix de flèches lourdes et robustes : 1/ une prédictibilité du vol plus facile, pour un impact plus précis, 2/ une grande quantité de mouvement, pour une meilleure pénétration, en particulier dans les parties solides que sont les os ou les cuirasses naturelles des sangliers et, 3/une intégrité structurelle pour résister au choc de l’impact.

Une prédictibilité du vol plus facile, pour un impact plus précis

Ce sujet essentiel est assez peu commenté dans la littérature sur le tir de chasse. Pourtant, l’avantage de posséder des flèches lourdes était bien connu des premiers archers de chasse. L’expérience sur le terrain a démontré que dans une situation de tir nous tirons rarement sur une cible immobile tout comme nous avons rarement un couloir de tir complètement dégagé. La plupart du temps, quelques petites feuilles, quelques petites brindilles ou même parfois de l’herbe occupent une partie du couloir et risquent de dévier la flèche. Parfois, concentrés sur la gestion de la situation de chasse et de la séquence de tir, nous ne voyons même pas ces petits obstacles. Il est donc essentiel de trouver quel choix et quel réglage de flèche permettra de s’en affranchir au mieux.

Pour convaincre les lecteurs qui doutent encore, j’aimerais leur proposer un exercice de tir simple à réaliser : placez vous à une distance de tir de chasse (10 à 15 mètres) d’une petite cible (gobelet en carton par exemple) devant laquelle vous aurez mis, à une distance de deux à trois mètres, un morceau de carton comportant un trou garni de minces lamelles de papier, et tentez d’atteindre la cible en faisant passer la flèche à travers le trou.

Bob - dispostif d'essai

Pour réaliser une expérience vraiment convaincante, il faut comparer les résultats de deux ensembles arc-flèches parfaitement réglés : le premier plutôt léger, comme celui qu’on utilise pour le tir sur cible (arc de 54 livres et flèche de 540 grains dont 125 de pointe en ce qui me concerne ; FOC d’environ 10%) et un deuxième plus adapté à la chasse (65 livres et 750 grains, dont 300 de pointe ; FOC de l’ordre de 20%). Après le tir d’un nombre statistiquement représentatif de flèches (plusieurs dizaines), vous allez constater que l’équipement « lourd » l’emporte sur l’équipement « léger » qui ne tire pas bénéfice de la meilleure précision qu’est sensé lui conférer sa facilité d’ancrage et la trajectoire plus plate de ses flèches.

Dans mon cas et dans ces circonstances, j’ai donc systématiquement battu mon équipement de tir sur cible avec mon équipement de chasse. Essayons d’expliquer le résultat de cet exercice pratique par trois hypothèses complémentaires les unes des autres :

– Un projectile lourd est plus difficile à dévier qu’un projectile léger (une boule de pétanque est plus déviée quand elle touche une autre boule que le cochonnet…)

– Une flèche avec un FOC important se redresse plus vite qu’une flèche avec un FOC standard (rappel : chacune de ces deux flèches est parfaitement réglée avec l’arc qui la propulse).

– Une flèche lourde est plus lente et son vol est plus facile à suivre… avec l’expérience, celui-ci, dans le cas d’un tir instinctif, est plus facile à visualiser par anticipation.

Un dernier point, enfin, basé sur l’expérience de terrain et plus difficile à expérimenter à l’entrainement milite encore pour des flèches lourdes. En situation de chasse, la séquence de tir est souvent plus instinctive que lors d’un tir sur cible et il est assez fréquent de surestimer la taille du gibier et la distance qui nous en sépare. Tirer une flèche lourde, compte tenu de sa balistique plus prononcée, limite le risque de toucher « haut » le gibier et favorise une atteinte basse (là où sont les organes vitaux).

Une grande quantité de mouvement, pour une meilleure pénétration

Les études de terrain du Dr. Edmond Ashby (*) ont démontré l’avantage que procure l’utilisation de flèches à la fois robustes et lourdes. Beaucoup de chasseurs qui utilisent un arc à mécanisme reviennent même vers un choix de tels projectiles.

Tous les chasseurs à l’arc, qu’ils soient au tradi ou au compound, devraient lire ces études, travail de toute une vie, et en profiter pour consolider leurs propres idées et choix matériels. Un des points majeurs expliqué par Ed. Ashby est qu’au delà du parfait réglage de l’ensemble arc-flèche (fût+lame), un poids de projectile de 650 grains est le minimum nécessaire pour fournir la quantité de mouvement suffisante pour obtenir une bonne pénétration, quelque soit la zone atteinte, y compris à travers les os les plus durs. La bonne nouvelle pour nous les chasseurs à l’arc est qu’alors, nous n’avons pas besoin d’utiliser un poids d’arc excessif.

La capacité de pénétration d’une flèche dépend en effet plus de sa masse et de sa quantité de mouvement que de sa vitesse ou de son énergie cinétique. Cette différence s’accentue lorsque la flèche rencontre un matériel solide, comme des os. L’argument marketing en faveur des flèches légères et rapides est celui de la précision à grande distance grâce à leur trajectoire plus tendue. Or, à la chasse, ce qui compte ce n’est pas de toucher un animal, même au bon endroit, mais, de retrouver, mort, un animal qui a été touché. Utiliser une flèche lourde, c’est avoir un grand potentiel depénétration, et c’est maximiser la chance de toucher des organes ou des vaisseaux vitaux. Utiliser une flèche légère, c’est prendre le risque d’une moindre pénétration.

Une intégrité structurelle pour résister au choc de l’impact

L’intégrité structurelle de la flèche est un facteur aussi important que le tranchant de la lame et, à cet égard, la qualité de la liaison entre la lame et le fût est cruciale. Rien ne sert d’avoir un affûtage rasoir si au premier contact avec un os, la lame se retrouve désaxée !

Puisqu’il faut voir pour croire, une expérience simple et peu onéreuse peut vous montrer si votre équipement flèche a la bonne intégrité structurelle. J’ai découvert cette expérience par accident il y a 10 ans. Un de mes amis et moi étions parti chasser en Afrique et quand nous sommes arrivés au camp, le guide avait très gentiment installé une cible qui était un assemblage de mousse et de palettes en bois. Pour nous motiver, tout comme pour nous entraîner, nous utilisions la cible tous les jours, plusieurs fois par jour. Nous avons tiré tellement de flèches qu’à la fin du séjour, les palettes de bois qui supportaient notre cible étaient totalement détruites. A l’occasion des différents exercices de tir, il nous arrivait de toucher les palettes et, involontairement, nous avons rapidement identifié les combinaisons et les assemblages de fûts et de lames qui résistaient à l’épreuve des chocs répétés sur ces bois durs et secs. En synthèse, il nous est alors apparu que quelle que soient les caractéristiques de la lame, le moindre défaut de la liaison lame-fût (jeu de serrage, axes non alignés,..) augmentait les risques de casse ou de torsion de la liaison, cette dernière pouvant engendrer la pliure voir le bris de la lame ou du fût. Personnellement, je réduis ce risque en utilisant des inserts de lame en acier (qui présentent l’avantage supplémentaire de peser 100 grains) et des lames dont l’acier est plutôt dur.

Bob - le tir sur palette...essai de solidité

Technique … et esthétique

Toutes ces considérations reposent sur des bases techniques assez simples et visent à construire des projectiles précis et capables de pénétrer profondément le gibier. Tirer à l’entrainement de telles flèches est très motivant et permet d’envisager le tir de chasse avec un maximum de confiance en soi.

Arrivant à la fin de ces réflexions, je souhaite encore partager deux idées.

La première, d’ordre technique et tactique : la décoche d’une flèche lourde est bien plus silencieuse que celle d’une flèche légère, ce qui à la chasse est un avantage indéniable et ce tant pour le tir d’une première que d’une seconde flèche.

L’autre d’ordre esthétique qui, en ce qui me concerne, est un facteur supplémentaire de motivation et de performance.

Comme beaucoup d’entre nous, je suis animé pas la passion de l’archerie. Longtemps, je me suis demandé et re-demandé pourquoi. La réponse à cette introspection a fini par émerger : il s’agit du plaisir visuel du vol d’une flèche associé au son et aux vibrations de la décoche et de son départ. La sensation de commander visuellement la trajectoire du vol d’une flèche et la vision de son impact à l’endroit précis que j’ai choisi me procurent un immense plaisir ! Curieusement, je dois admettre que je n’ai pas le même plaisir selon le poids des projectiles ; le départ et le vol d’une flèche lourde sont bien plus sensuels. Je crois vraiment que c’est bien dans ce plaisir, auditif et surtout visuel que se trouve ma motivation pour l’entrainement et la progression technique au tir. D’une certaine manière, ce plaisir est la rétribution qui m’incite à encore mieux utiliser, entrenir et développer les facultés naturelles de coordination.

J’ai eu souvent l’occasion de tirer des flèches lourdes en présence d’archers, possédant ou non l’expérience de la chasse, et qui pour la plupart tiraient des flèches légères, aux petits empennages et si rapides que leur vol étaient imperceptible, et, à chaque fois, je me suis réjouis de partager avec eux et de leur faire apprécier le vol complet d’une flèche lourde. Ils semblaient le gouter autant que moi ; comme de la poésie en mouvement !

(*) : http://www.tuffhead.com/education/ashby.html

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