Nous savons tous à quel point la chasse à l’arc est difficile, c’est en cela que nous l’apprécions notamment : pour ces moments de sensations intenses, ces frustrations inoubliables, ces regrets et  joies mémorables.

En ce début de saison, je voulais vous faire part de quelques expériences récentes qui illustrent largement quelques sentiments.

La chasse à l’approche du brocard l’été est un exercice passionnant mais ô combien difficile. Levé à 5h45, la journée commence tôt ! Après un bon café noir et la définition d’un plan d’attaque, me voilà parti sous une petite bruine plutôt favorable à l’approche. Comme je l’avais espéré depuis plusieurs semaines, je trouve une chevrette en bordure de coupe. Monsieur ne semble pas être là. Tant pis, en plein rut, il est peu vraisemblable qu’elle soit seule. Le vent me contraint, oui satané vent, à passer par le milieu de la coupe. A peu près à po.., seul un gros chêne cache ma progression. J’y suis, à 20 m de la chevrette un peu prostrée et de dos heureusement. Et maintenant, que faire, toujours pas de matou aux alentours. J’observe la chevrette qui tout à coup tourne la tête pour m’annoncer la venue de monsieur. Le voilà, il arrive et vient droit sur moi. La tension est à son comble, comment vais-je faire pour armer alors qu’il vient droit sur moi. A peine quelques branches de châtaignier, ce n’est pas suffisant. Tout se bouscule, que faire ? Cela va aller très vite. Quelle option prendre ? Tenter d’armer au ralenti en ligne pour ne pas se faire voir, attendre la faute du brocard, mais le vent m’est pas totalement favorable, surtout que la chevrette elle aussi se rapproche…J’opte pour un armement au ralenti en espérant un coup de chance. Peine perdu, au 3 quart de l’armement, il fait un bond se fige droit devant moi. Difficile de décrire comment tout cela s’est passé, mais ma flèche passe à côté et me voilà aboyé copieusement par le matou. Frustration intense, belle approche, le succès d’arriver à 15 mètres reste ma seule consolation de cette conclusion manquée. Feu rouge sur l’armement, mon esprit concentré sur l’armement et non sur le défaut de l’épaule.

Cette autre occasion début septembre cette fois. Après l’échec de l’approche je me résolu à travailler l’affût, et identifie un spot très favorable. Arrivé en pleine nuit, je m’installe sur une canne siège de fortune alors que j’avais oublié ma chaise de battue. Rien, si ce n’est un écureuil un peu curieux !  Ça fait toujours passer le temps. 9h30, en poste depuis près de 3 heures, j’ai froid et décide de rentrer. Directement ou pas ? Une petite voix me dit : « Aller tu es déjà dans le bois, prends ce passage-là, on ne sait jamais. »  Alors que je n’étais plus tout à fait dans ma chasse, mais plutôt à contempler l’environnement, à la recherche de mon futur poste d’affût, je me retrouve nez à nez à 20 m avec un brocard qui monte là encore vers moi. Figé, je tiens dans ma main droite cette satanée canne siège. Pas d’autre alternative que de la poser contre ma jambe, débuter une lente rotation vers la droit pour m’aligner. Et le voilà qui monte encore et encore 15 m, 10 m et je ne suis toujours pas bien orienté. Et cette canne qui glisse petit à petit, si elle tombe s’en est fini. 8 m, il ne me voit toujours pas alors que je suis au milieu de son passage. Va-t-il faire la faute ? Un petit demi-tour ? Et bien non, il bondit, fait un écart, recule de 3 à 4 mètres. J’arme mais ne suis toujours pas bien orienté, tout mon esprit est concentré sur mon orientation, impossible de tirer précisément si je ne suis pas bien orienté. Verdict, je passe à sa gauche. Je maudis cette canne siège, mais surtout d’avoir oublié ma chaise de battue qui sur le dos m’aurait donné beaucoup plus de mobilité. Feu rouge, pas le bon matériel qui sanctionne l’action cruciale. Frustration énorme, mais satisfaction d’avoir écouté cette petite voix qui si souvent m’a procuré une rencontre.

Je redouble d’entrainement pour m’affranchir de ce tir qui même si tout va bien, reste quand même le plus dure.

Alors que j’organise une chasse, le rond du matin est l’occasion pour moi de rappeler les consignes de sécurité. Cela est fondamental en toutes circonstances et en particulier en début de saison.  Manipulation de l’arme, identification du gibier, angle de 30°… tout y passe. Il y a des règles de sécurité et la chasse à l’arc n’en est pas exemptée, loin de là. La battue commence, les sangliers ne veulent pas sortir, ça tourne et retourne. Seul archer mobile dans la traque, je me rapproche de l’action, la bête rousse est là, s’approche. Ça se passe bien, elle se défile, 20 m, 15 m… feu rouge même si elle passe à 10 m je suis dans l’axe d’un autre archer qui doit être là derrière ces fougères. Un écart de la bête me permet de tirer et rater, mon esprit encore sur les sujets de sécurité. Je souris devant la complexité de notre passion. Une autre fois alors… Ça continue à tourner, les sangliers livrent un dur combat, ça y est cette fois c’est la bonne, ça monte vers moi, vite. Mais qu’est-ce… gros, petit, est-ce la laie annoncée précédemment ? N’ai-je pas dit au rond de tirer que des animaux identifiés ? Pastille rouge, ça va passer à 5 mètres mais je ne sais pas ce que c’est. Le temps de juger…  trop tard.  Frustration mais satisfaction de respecter les règles. Dernière battue, ça démarre très vite, je courre me positionner et capte un mouvement sur ma gauche. Un chevrillard galope vers moi sur un passage. Je suis seul au milieu de la traque, feu vert, j’identifie l’animal, feu vert, j’arme parfaitement, feu vert. Il se fige à 12 m de face, feu vert, je pause les yeux sur le poitrail et ne maîtrise plus rien. C’est comme si la flèche était attirée, je ne me souviens pas avoir réellement pris la décision de tirer. Tout était au vert. Pas un bruit, si ce n’est celui d’une patte qui cherche vainement un appui dans les fougères. Il n’a eu que le temps de baisser la tête, la grizzly faisant parfaitement son office en sectionnant la colonne. Tous les feux étaient au vert, l’acte fut réalisé dans une grande sérénité.

Amitiés

Xavier

ASCA 135

photo xdo feux vert

 

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