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Notre ami Xavier a publié un article intéressant dans le n°6 de Chasse à l’Arc, que nous publions ci-après.

Une évolution de la chasse à l’arc vers la battue

L’évolution de la chasse à l’arc au cours de ces dernières années, et associée à la structuration du paysage associatif, a contribué au développement de la chasse à l’arc en battue en complément de l’approche et de l’affut. Au même titre que la chasse à l’arc se distingue de celle à la carabine, chaque mode de chasse a ses propres spécificités. Pour n’en citer que quelques-unes, l’affût impose le mimétisme, l’approche la concentration, la battue l’organisation, la vénerie le service des chiens, le vol le dressage. Le chasseur qui pratique alternativement tel ou tel mode de chasse avec telle ou telle arme, doit en toute circonstance se soucier de son efficacité et de la sécurité.

Chasseur à l’arc et à la carabine depuis de nombreuses années, j’organise depuis près de vingt ans maintenant en Touraine, des chasses au grand gibier en battue, arcs et carabines, c’est-à-dire dans une région où la vénerie est très ancrée et la chasse au chien courant une tradition. Il faut bien reconnaître que les premières chasses furent l’occasion de remarques et commentaires amusés, ce qui était relativement compréhensible à l’époque où il fallait encore convaincre. Petit à petit, chasse après chasse, l’expérience aidant, l’absence d’erreur qui aurait pu mettre à mal nos efforts, mais surtout les succès prouvant l’efficacité d’une flèche et la valeur ajoutée qu’un archer peu apporter à la chasse en général, ont fait évoluer les regards. Les archers trouvent ainsi aujourd’hui naturellement leur place dans nos chasses. Je peux dire que la combinaison lors de ces battues de chasseurs à la carabine, à l’arc, de traqueurs, de meutes de chiens courants et d’un piqueux à cheval a prouvé son efficacité. Sans tenir de statistique, il est évident que les archers ont contribué tous les ans et régulièrement aux tableaux. A raison d’environ trois chasses par an, de 15 à 20 tireurs par chasse dont 2 à 3 archers, l’ensemble du grand gibier a été prélevé : cerfs, biches, faons, chevreuils et sangliers ; seul monsieur le renard reste encore le plus malin et sait éviter nos flèches.

Le rassemblement du matin : le moment d’expliquer « l’arc et la flèche »

Le rassemblement du matin est comme toujours un moment de convivialité et d’échanges. Les chasseurs échangent des nouvelles, s’intéressent au matériel de leurs camarades et, cela va sans dire, nos arcs et nos flèches, sont des centres d’intérêts forts. Combien de fois n’a-t-on pas dû rappeler à tous ces costauds qui s’essayent à armer l’arc qu’il ne faut pas lâcher la corde mais surtout « lever le coude » ! Le chasseur archer doit alors expliquer, montrer et se montrer tout à la fois convaincant, passionné et raisonnable. Comme dans toute communauté de passionnés, il y a ceux qui parlent techniques (poids et vitesse d’une flèche en comparaison à une balle), ceux qui insistent sur la nouveauté, ceux qui prônent l’expérience, ceux qui connaissent tout et qui croient avoir raison et ceux qui n’y connaissent rien, ceux qui connaissent quelqu’un qui connaît quelqu’un qui chasse aussi à l’arc, enfin c’est toujours avec un grand plaisir que l’on répond à tous ces chasseurs. La plupart ont, dans leur jeune âge, rêvé de chasser à l’arc. Un bon exemple valant mieux qu’un long discours, c’est lors du déroulement de la chasse, que l’archer devra se montrer en tous points, exemplaire.

Le rond : le moment de faire comprendre les spécifications du poste de l’archer en battue

Un placement particulier lié au besoin de tirer à très courte distance sur des animaux arrêtés ou au pas

Avant de prendre la parole pour rappeler à tous les consignes notamment celles spécifiques à la présence d’archers, je me remémore que si la chasse à l’arc a conquis ses lettres de noblesse, elle n’en reste pas moins toujours vulnérable et sujet aux critiques et que quelques petites erreurs peuvent vite défaire des années de travail. Je m’efforcerai donc d’être clair et précis vis à vis de l’assemblée, et toujours avec un souci d’équité. Une fois le calme obtenu, ce qui n’est pas toujours facile compte tenu des personnalités présentes, je débute bien sûr par la sécurité en rappelant que tous les chasseurs, y compris les archers, traqueurs et cavaliers, doivent porter un gilet fluo, et que les tirs de carabine doivent respecter l’angle minimum de 30°. J’en arrive alors aux spécificités des archers, notamment ceux postés sur la ligne que j’autorise à tirer dans la traque, à courte distance et avec une forte visibilité. Il est important d’insister sur la courte distance et forte visibilité car elles viennent atténuer, vis à vis des carabiniers, le degré de liberté supplémentaire (compte tenu de la portée utile de l’arme) que je donne à l’archer. Si l’archer connaît les limites de son arme, les carabiniers pas forcément.

XAVIER SANGLIER

En tant qu’animateur de la chasse, je suis toujours dans la battue ce qui me permet avec le temps et grâce aux témoignages des uns et des autres de cartographier les enceintes ainsi que les bons passages. C’est sur ces zones que je positionne un ou deux archers. Je rappelle cependant aux archers qui seront placés dans la battue, qu’ils doivent se poster assez loin de la ligne de tir afin de ne pas faire barrage à des animaux qui voudraient sauter le trait et ainsi priver les carabines d’une occasion. Il en va du respect mutuel entre chasseurs, ce qui est fondamental, et du bon déroulement de la chasse en général. J’en profite pour distribuer un plan indiquant les postes de chaque tireur sur les lignes ainsi que ceux des archers lorsqu’ils sont dans la traque. Je suis convaincu qu’une part importante du succès de nos chasses, mixant différents types de chasseurs, dépend du niveau de confiance qu’ont les tireurs. Une bonne préparation du terrain ainsi qu’une bonne information me semble donc fondamentales.

Quelques règles de sécurité spécifiques

Toujours concernant la sécurité, je rappelle que les flèches, comme les couteaux et autres dagues, doivent être stockés avec beaucoup de précaution, afin d’éviter, notamment lors des déplacements parfois un peu chaotiques entre les battues, des accidents aux chasseurs et à nos fidèles compagnons. Là encore l’expérience m’a prouvé que lors de la découpe du gibier prélevé, une attention particulière est nécessaire quand il s’agit d’animaux fléchés, qui contrairement à ceux tirés à la carabine peuvent cacher une lame ou un morceau de flèche potentiellement dangereux.

L’archer, un chasseur solitaire qui sait aussi jouer « collectif »…

Lors de nos battues, il faut reconnaître que le risque est grand de perdre plus ou moins temporairement des chiens bien créancés, poursuivant un animal au-delà des lignes. Pour le bon déroulement de la chasse et son efficacité, je demande d’arrêter dans la mesure du possible et en toute sécurité, les chiens sur la voie de l’animal qui a sauté la ligne. C’est là que le cavalier entre en jeu. Il permet une grande réactivité en intervenant sur la ligne où en allant récupérer les chiens loin derrière. Mais en amont de la ligne, dans l’enceinte un ou plusieurs archers manœuvrant (localement bien entendu) permettent d’intervenir encore plus tôt, en particulier si les chiens sont sur la voie d’un gibier qu’il n’est pas permis de chasser ce jour-là. Ainsi je demande à l’archer, en contrepartie de son privilège d’être manœuvrant dans la battue, d’intervenir. Une personne un peu aguerrie peut sans aucun problème arrêter une vingtaine de petits courants bien créancés.

Bien évidemment, la chasse en battue signifie le tir du gibier en mouvement ce qui n’est pas simple à l’arc nous le savons tous ! Il faut être très bien entrainé. Je recommande donc aux archers postés dans la battue de se positionner au sein des zones les plus denses afin d’avoir à courte distance des animaux au trot ou au pas. Tout comme le chasseur à la carabine est responsable de son tir, l’archer doit être conscient de l’efficacité de son arme mais aussi de ses limites. Saluons donc en toute circonstance ce gibier, gardons en mémoire l’émotion et de temps en temps la grande satisfaction d’un succès, c’est ce qui fait l’apanage de cette discipline et de notre passion.

Xavier.

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